Le 25 septembre dernier, le Monde.fr s’intéressait au quotidien de l’agence Pole emploi d’Echirolles. Les quelques témoignages mis-en-ligne ci-dessous témoignent de la détresse toujours plus grande des travailleurs dauphinois.
Il y a eu Fred (son prénom a été changé) qui a traîné, matin et après-midi, autour des postes informatiques placés au centre du plateau. Vers 16 h 30, il a dit « au revoir » d’une voix douce. Il reviendra sans doute le lendemain. L’homme, 41 ans, est au chômage depuis janvier. Il dit « être un peu livré à lui-même, ne pas savoir pourquoi il se lève le matin ». Fred est connu à l’agence. « On lui a suggéré un accompagnement renforcé, mais il a du mal à avancer », explique Mme Biondi. « On m’a proposé deux postes de livreur de nuit, mais la nuit, c’est fait pour dormir et j’ai deux petits enfants, de 2 et 5 ans », fait valoir Fred qui espère qu’un conseiller va le recevoir.
Shirley Demaria la quarantaine dynamique, ne s’en laisse pas conter par la conseillère de dix ans sa cadette. Employée dans l’industrie pharmaceutique, elle s’est reconvertie en auxiliaire de puériculture, un secteur où les offres sont nombreuses. Fleur Delmas la conseillère lui explique : « On va vous laisser chercher pendant quatre mois, mais vous allez l’air assez autonome. » La réponse de Shirley fuse : « A 40 ans, il vaut mieux. »
Fred et Shirley font partie de ces 3,7 millions de Français aujourd’hui sans emploi ou ayant une activité partielle, et qui représentent presque 9% de la Population active dans notre Région
L’expérience de Shirley dans l’industrie pharmaceutique est aujourd’hui inutile car l’industrie dans notre région est au plus mal. Les exemples de délocalisations sont si nombreux qu’il serait fastidieux de les énumérer tous ici, mais ayons une pensée pour les salariés d’HP, de Caterpillard, de Tecumseh, de Rossignol ou de Polimeri.
L’industrie, qui fit la richesse du bassin Grenoblois est à genoux. 40 ans de Libéralisme effréné avec tout ce que cela comporte, notamment la disparition des barrières douanières, a mis en concurrence le Dauphinois et le Pékinois !
Autre témoignage, même détresse, Louis Soto a perdu son emploi récemment. « A 44 ans, je suis revenu chez mes parents, c’est la honte. » Il a envoyé dix CV en une semaine et n’a reçu aucune réponse. « Ils me demandent de faire des recherches mais cela ne sert à rien, peste-t-il. Mon dernier rendez-vous avec un conseiller remonte à juillet. » N’ayant pas Internet, il passe chaque jour à l’agence et attend le début de la saison à la station des Deux-Alpes pour tenter de trouver un travail. « Pas avant la mi-décembre », soupire-t-il.
La famille redevient par cette crise le socle de l’entraide et de la compassion. Pour ce qui est du Logement, il est indispensable de redonner la priorité aux familles du cru, que ce soit dans l’habitat social ou l’acquisition de bien immobilier.
Louis, qui attend impatiemment la saison hivernale pour tenter de trouver du Travail en stations, n’est pas le seul à compter sur la manne touristique. La compétition sera âpre pour lui, car la proximité géographique ne lui apportera aucune sorte de privilèges. La précarité généralisée a permis la création d’une classe de travailleurs dit saisonniers, main-d’œuvre d’ajustement, voletant des champs à la mer et de la mer à la montagne. Ce nomadisme moderne, loin de ne concerner que les jeunes en précarité est souvent le seul emploi que des pères de familles trouvent. Malheureusement pour Louis la préférence locale n’est pas, contrairement aux Antilles, appliquée en Dauphiné. Il lui faudra donc batailler pour au final obtenir, éventuellement, cet emploi instable de saisonnier.
Maurin