Quand on est jeune…
Categorie(s) : La vie sous l'occupation, Politique, Une autre jeunesse, par M@quisard

Quand on est jeune, on passe ses journées (et ses soirées) à écouter d’une oreille distraite les préoccupations et lamentations des adultes (et si on est chanceux, de ses parents) face aux difficultés du monde « extérieur ».
Rien n’est jamais dangereux, on tourne en dérision les peurs de ces vieux, toujours avide de s’approcher un peu plus de ce mystère qu’on appelle la vie. Il est vrai que les vieux se préoccupent de choses que nous qualifions d’absurde, mais il est aussi certain que la crainte la plus atavique et coriace qu’ont les parents, est celle du militantisme de leurs enfants, en particulier de la violence vers laquelle il peut mener.
Et les voilà ces grands sages à agiter leurs bras, ouvrir grands leurs yeux ou les rouler comme les plus grands dramaturges, à avoir des sueurs froides en essayant de raisonner leur progéniture à coup de rhétorique des années 70 et de rappels d’atrocités qu’ils n’ont eux-mêmes jamais connus.
Ils font aussi un peu pitié quand ils avertissent le doigt dressé vers le ciel : « quand tu seras grand, alors tu comprendras et tu cesseras de faire le rebelle! »
Et pirouettant, ils claquent la porte, non sans avoir rappelé les drames qui nous attendent si nous continuons dans cette voie : à l’école les professeurs te rejetteront, à l’université, la politique te fera perdre du temps et rater tes examens, dans les manifestations tu seras fiché et si jamais tu trouves un travail, tu seras licencié… Combien de « Me ne frego!* » ou de « Disdegna la vita comoda!** » leurs pauvres oreilles auront du entendre ?
Et bien les années ont passé et arrive le jour où, à notre tour, nous sommes près à devenir parents. Alors, on se rend douloureusement compte que l’on commence à avoir peur. Pourtant ce ne sont pas ces pseudo horreurs que nos parents brandissaient qui nous inquiètent.
Ce sont des peurs bien plus banales comme celle d’être dans un bar, de se rendre aux toilettes et de se retrouver face à face avec des posters bien protégés dans leur encadrement d’acier et de verre, faisant la promotion de pilules abortives qui t’élimineront le souci de ne pas avoir fait attention quand tu as couché avec le premier venu sans t’être au préalable protégée car, comme te le rappelle l’affiche, tu avais trop bu ou pris trop de drogues.
Il te vient des sueurs froides quand sur une grande chaîne de télévision pour enfant quand pendant la plage de publicité, entre deux annonces pour des jouets, une femme à la voix sordide t’exhorte à utiliser un test de grossesse tout de suite, avant qu’il ne soit trop tard, comme si avoir un enfant était un virus, une maladie immonde à tuer dans l’oeuf…
On tremble aussi quand on feuillette un magazine de mode et que l’on se rend compte que les modèles des maisons de mode sont toutes jeunes, trop jeunes et décidément trop dévêtues… Cela ne peut que faire penser à cet article d’un journal qui parlait de l’augmentation de la pornographie juvénile et de sa propagation rapide sur Internet. Sans parler des clips vidéo à la télévision avec tous ces gangsters qui jouent aux maquereaux, pistolets à la main, nageant dans les billets de banque et entourés de putes… Enlevez le maquillage et faites abstraction des vêtements minimalistes et elles pourraient ressembler à votre fille ou votre soeur.
Puis réalisant tout cela, tu te rends compte que tu n’as pas encore pensé au dealer que tu vois chaque jour à l’angle de ta rue avec son sourire aimable pour les hordes de jeunes gens qui le trouvent cool car ils pensent que leurs couillons de parents se font enculer dans leur usine pour un salaire de misère alors que lui, avec quelques doses vendues, gagne facilement sa journée, sa soirée et la journée d’après …
C’est à ce moment là que tu regardes tes sages parents et que tu éprouves un sentiment mêlé de rage et de tendresse quand tu penses qu’ils ont vraiment eu une chance de cocu d’avoir un enfant « fasciste » !
Pierre Chatov



































